REFLEXIONS

Statut social : végétarienne

Bonjour je m’appelle Léa, j’ai 28 ans et je suis végétarienne.

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Si aujourd’hui on me demande peu si je suis mariée, et si j’ai des enfants, le fait que je ne mange plus de viande, poisson ou autre être vivant revient souvent au cœur de mes conversations en société.

Par ou commencer? Déjà il faut être d’accord sur les mots. Ce qui m’évitera d’être gênée quand vous me proposerez des crevettes quand vous saurez que je ne mangerai pas le jambon cru à l’apéro. Prenons un bon classique : Le Larousse

Végétarisme / végétarien / vegetarian : « Régime alimentaire excluant toute chair animale (viande, poisson), mais qui admet en général la consommation d’aliments d’origine animale comme les œufs, le lait et les produits laitiers (fromage, yaourts). »

Végétalisme / végétalien / vegan : « Régime alimentaire excluant tout aliment d’origine animale. » Donc pas de produits laitiers, œufs ou miel.

Certains différencie végétalien et vegan. Le végétalisme se rapportant uniquement à ce que l’on mange, et le véganisme à ce que l’on consomme de manière globale et qui est issu de l’exploitation animale comme la fourrure, le cuir, certains cosmétiques et produits ménagers contenant des matières animales, les spectacles d’animaux comme au zoo ou le cirque.

Lacto-végétarien, ovo-lacto-végétarien, pesco-végétarien, flexitarisme… je ne veux froisser personne, mais j’avoue que tout ceci m’agaçe un peu, comme si on devait définir précisément la liste de ce que l’on mange ou ne mange pas. On ne s’en sortira jamais! Je n’aime d’ailleurs pas dire que je suis végétarienne, je ne veux pas définir mon alimentation sur des notions de je peux ou je ne peux pas. Je ne veux pas mettre en avant cette différence qui se trouve dans mon assiette. Même si aucunes causes n’avancent sans qu’on se batte, tout ceci est avant tout un choix de vie personnel. Personne ne devrait avoir à se justifier, mais depuis que j’ai fait certains choix, je me rends compte à quel point on n’est pas si libre que ça.

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Alors pourquoi?

Comment en être venu un jour à changer mon alimentation, ancrée en moi depuis ma tendre enfance, manger ma viande pour prendre des forces et finir mon yaourt pour devenir grande. Cette décision n’est pas soudaine, même si beaucoup diront que c’est à la mode, la tendance d’un moment. L’idée à fait son chemin, petit à petit, sans que je décide fermement. J’ai juste voulu diversifier mon alimentation. Je vivais pour la première fois seule. Et toute nourriture se trouvant dans mes placards ou mon frigo était donc uniquement de ma propre volonté. Je mange ce que j’achète. Et non pas ce qui se trouve déjà là. Et le constat était bien triste, je mangeais toujours la même chose. Essentiellement du blanc de poulet, du saumon congelé et du jambon. Du fromage blanc, du pain, du beurre, du fromage. Des légumes oui mais pas tant que ça. Des fruits plus rarement. Après avoir lu et lu de nombreux sites, blogs, magasines et livres, m’intéressant de plus en plus à la cuisine, je me suis lancé un défi, me passer de viande pendant une semaine. Cela me semblait être un problème dans mon alimentation. Me forcer à trouver d’autres sources de protéines, tester d’autres recettes qui ne tournent pas qu’autour de la viande, et découvrir de nouveaux ingrédients, épices, légumes, légumineuses, condiments.

Et très vite je me suis aperçu que si c’était un défi personnel, comme je mange souvent en dehors de chez moi, le « non merci je ne vais manger que les légumes, les pommes de  terre et un peu de fromage » hérissa rapidement mon entourage. Sans rien dire la foule hurla au scandale du changement.

Non tu n’es pas libre de ce que tu donnes à ton propre corps, il y a des règles. Même pour une semaine. Comme si le monde s’accordait sur une seule partition. La viande est au cœur de notre alimentation, alors que sans vouloir être végétarien, sans conviction particulière, elle n’a pas de raison de prendre autant de place, matin, midi et soir.

Pendant un certain temps j’ai plutôt mal vécu ce changement, les réactions ont été parfois vives et accusatrices, comme si en disant non merci au plat de viande, je venais d’insulter la personne en face de moi. C’est assez déroutant de voir que ce simple non semble frapper les gens, avec pour retour une série de justifications sans attendre ma réponse. Alors que je ne demande rien, je ne force personne à prendre le même chemin que moi. Je n’ai même souvent pas le temps d’expliquer, de raconter, tous ce que j’ai découvert, tous ce qui est beau derrière ce que beaucoup juge fermement.

Parce qu’au delà de tout ce que l’on croit, je ne suis pas malheureuse, je ne mange pas moins. Je ne suis pas triste. Je mange encore avec les autres, je sors, je vais au restaurant, je me régale! Après cette semaine de test, naturellement j’ai poursuivis ce petit chemin, un peu broussailleux, un peu épineux mais qui m’apparaissait de plus en plus beau et lumineux.

Il y a eu certes une première période de rejet assez fort, et pour ma part j’ai abordé le végétarisme par le côté sombre de cette force : les livres accusateurs, les images chocs, les vidéos prise de conscience… J’en ai fait un petit répertoire sur un tumblr nommé Mange ta viande.. Alors qu’il y a une plus belle façon de voir tout ça, cette vision que j’ai aujourd’hui. Je ne cherche plus de statistiques, de témoignages, de vues horribles. Juste une richesse dans ce que j’ai appris.

Je mange mieux, des produits frais. Je fais plus attention à la provenance des produits, sans manger uniquement bio j’essaie de trouver de meilleurs alternatives. Je suis plus attentives aux saisons, aux petits producteurs.

Je me sens mieux. Je n’ai pas perdu de poids, mais j’ai moins mal au ventre. Je fais plus attention à la qualité qu’à la quantité de ce que j’ai dans mon assiette. Et même si cela semble une évidence, ça ne l’était pas pour moi. La peur du manque. La naïveté du consommateur. L’attraction du packaging. La facilité.

Je suis plus curieuse. Je mange plus diversifié, c’est assez fou tout ce que l’on peut manger! Si si! On se limite tellement à ce qu’on connait, ce qu’on trouve dans nos supermarchés. Il faut oser, tester, alors voir des blogs, des livres, acheter des épices inconnus, des légumes oubliés. Parcourir les marchés, changer de boutique. Et surtout sortir de cette obsession de la protéine + légumes + féculent. La nutrition c’est plus complexe que ça, plus riche aussi. Et finalement, l’équilibre se fait assez naturellement.

Je me connais mieux. Oui c’est bête, mais j’ai appris à vraiment manger. A prendre le temps de me poser la question sur ce que j’aime vraiment. Déguster de manière brut, je me suis rendu compte que non je n’aimais pas les crevettes, c’est plutôt la mayonnaise qui allait avec qui me plaisait. Et non la viande gustativement ne me fait rien. Et ce que j’adore dans les merguez ce sont plutôt les épices que le mix de chair qui les composent. Parfois ce sont de petites saveurs qu’on recherche dans un aliment et non ce qu’il est en lui même. Comme le gout fumé de certaines saucisses, ou les herbes, les épices. 

Je suis plus en accord avec moi même, avec ma conscience et mes convictions. Tout ceci est vraiment personnel. Et bien-sur ça m’a amené à me questionner encore plus loin.

Si on parle de souffrance animale, les poules qui produisent le blanc de poulet que l’on mange ou celles qui pondent les œufs dans ton gâteau, dans la réalité elles souffrent autant. Le lactose c’est encore un autre débat, on pourrait en parler longtemps mais tout simplement j’essaie de diminuer ma consommation de lait de vache chez moi, pas de yaourt, ni crème, ni beurre. Il y a des nombreuses alternatives végétales qui me conviennent très bien. Mais j’ai encore du mal pour certaines recettes, je testes, j’essaie… Et en parlant de souffrance tu crois qu’elle se sent comment la nana qui a cousu ta robe à 10 euros? Et puis dans les cosmétiques il y a aussi des produits bizarres, si tu fais attention à ce que tu manges pourquoi pas à ce que tu te mets sur la figure?

Tout ceci remet en cause ma manière globale de consommer : la production des déchets, qui m’a fait hurler intérieurement au Japon! Tout ce gaspillage, les emballages, les sacs. Rien que faire les courses au supermarché, il suffit de regarder tout ce qu’on jette directement, cet emballage superflu qui vous a convaincu d’acheter ce pot de yaourt et pas l’autre. Et puis oui le nombre et la provenance de mes vêtements, leur fabrication, leur qualité et la condition de ceux qui travaillent. Mais c’est valable aussi pour les biens que je possède, et leur utilité.

Oui ma tête chauffe.

La tienne surement aussi après ce pavé, si tu as eu le courage et l’envie surtout d’aller jusqu’au bout.

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Léa le monde ne va pas changer juste parce que tu es devenue végétarienne et que tu recycles tes cartons. Rien ne changera avec cette phrase surtout. Même si l’ambition n’est pas si grande. Juste me changer moi. Un petit peu mon entourage. C’est déjà beaucoup.

Et même si cela parait insurmontable, en prenant les choses une par une, c’est assez simple de modifier quelques gestes. Et même d’améliorer son quotidien.

J’ai longtemps hésiter à écrire cet article, j’avais besoin d’un peu de recul sur ce changement dans ma vie. Dites moi si ça vous ennuie ou vous motive? Si ça vous intéresse, vous interpelle? Je penses que c’est le début d’une petite série sur ce thème qui me tient vraiment à cœur. 

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